Demain, qui gouvernera le monde ? Quinze ans après : Attali avait raison, mais pas sur tout

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Le 18 septembre 2026, le Conseil de sécurité a tenu son troisième vote indicatif pour désigner le futur secrétaire général de l’ONU. Rebeca Grynspan est arrivée en tête avec neuf mentions « encourage », cinq « décourage » et une « sans opinion », suivie de Carolyn Rodrigues‑Birkett et d’un groupe de candidats à cinq voix favorables, dont Rafael Grossi, Olara Otunnu et Macky Sall. Pour être officiellement recommandée à l’Assemblée générale, il faudra obtenir au moins neuf soutiens et éviter le veto d’un membre permanent. Ce scrutin, comme les précédents, révèle un Conseil fragmenté, incapable de dégager un consensus durable et souvent paralysé par les rivalités géopolitiques.

Cette incapacité à produire une gouvernance mondiale cohérente renvoie à une intuition formulée il y a quinze ans par Jacques Attali dans Demain, qui gouvernera le monde ? L’économiste y décrivait un monde souffrant d’un défaut de gouvernement : un marché global, une démocratie locale et aucune institution capable d’arbitrer entre les deux. Il alertait sur le risque d’un système international livré à l’instabilité et à la montée d’acteurs échappant à toute régulation. Sa proposition d’une architecture institutionnelle ambitieuse : État de droit mondial, parlement à trois chambres, OTAN transformée en police démocratique relevait déjà de l’utopie. Mais sa conclusion, devenue presque prémonitoire, résonne aujourd’hui avec une force particulière : « Par personne, sans doute, et c’est là le pire ».

Quinze ans plus tard, les faits semblent lui donner raison. António Guterres, qui quittera ses fonctions le 31 décembre, répète que le monde avance « au bord du gouffre ». Le pape Léon XVI estime que l’ONU a perdu sa capacité à porter le multilatéralisme. Les États‑Unis ont réduit de 83 % leur contribution aux programmes internationaux et exigent une ONU plus petite. La Chine et la Russie ne cherchent pas à réformer l’organisation : elles veulent un secrétaire général malléable, qui ne contrarie pas leurs sphères d’influence. Pendant ce temps, les conflits en Ukraine et au Moyen‑Orient se prolongent, les régimes autoritaires gagnent du terrain, et les réformes du Conseil de sécurité restent impossibles faute d’accord entre les puissances dotées du veto.

Même l’OTAN traverse une crise profonde, tandis que le Sud global réclame une réforme du Conseil adaptée au XXIᵉ siècle. Le Brésil, l’Inde et le bloc africain demandent depuis longtemps une représentation élargie, mais les membres permanents refusent de partager leur pouvoir.

Dans ce contexte, la question formulée par Attali en 2011 prend une dimension nouvelle : il ne s’agit plus de savoir qui gouvernera le monde, mais de se demander si le monde peut encore être gouverné.

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