Le 22 mai 2026, Marine Le Pen, figure emblématique de l’extrême droite française, a relancé une idée que l’on croyait abandonnée : retirer la France du commandement militaire intégré de l’OTAN afin de renforcer son autonomie face à Washington. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean‑Noël Barrot, a immédiatement dénoncé une proposition « irresponsable », estimant qu’un tel geste affaiblirait la France dans un contexte international où elle a, au contraire, besoin de solidité.
Le Pen n’est pourtant pas isolée. Jean‑Luc Mélenchon, le leader principal de La France insoumise, à l’autre extrémité du spectre politique, défend lui aussi une sortie de l’OTAN, mais graduelle. Il prône un « non‑alignement » incluant des négociations directes avec Moscou, un rapprochement avec Pékin et, si les populations concernées l’approuvent, une redéfinition des frontières en Ukraine. À quelques mois du lancement officiel de la campagne de 2027, les deux extrêmes convergent sur un même diagnostic : la France serait trop dépendante des États‑Unis. Deux visions opposées, deux idéologies incompatibles, mais une revendication identique. L’une invoque la souveraineté nationale, l’autre l’anti‑impérialisme ; toutes deux accusent Emmanuel Macron de soumission à Washington.
François Martin analyse précisément ce croisement dans son ouvrage La France dans le chaos du monde, publié en mars 2026. Géopolitologue familier des médias conservateurs et souverainistes, Martin ne cherche pas la neutralité : son livre défend une thèse assumée. Selon lui, l’ordre mondial dominé par l’Occident s’effrite. Les guerres qui s’enlisent, la montée du Sud global et des BRICS, le recul de l’influence américaine et européenne composent un tableau cohérent. La France, écrit‑il, subit cette crise à double titre : extérieurement, elle perd sa voix propre ; intérieurement, elle traverse une crise identitaire. Pour Martin, ces deux faiblesses ne sont qu’une seule et même histoire racontée deux fois.
Son modèle est Charles de Gaulle, qui en 1966 avait retiré la France du commandement intégré de l’OTAN sans rompre l’alliance, avant que Nicolas Sarkozy ne revienne sur cette décision en 2009. Martin plaide pour un retour à cette autonomie gaullienne, sans pour autant adopter la vision de Mélenchon tournée vers Moscou et Pékin.
Ce constat de fatigue occidentale dépasse les clivages politiques. Mais les sondages récents lui donnent une portée nouvelle : Marine Le Pen apparaît favorite pour la première manche de la prochaine élection présidentielle, Jean‑Luc Mélenchon comme rival probable au second tour. Si cette configuration se confirme, la remise en cause de l’ordre atlantiste pourrait cesser d’être marginale en 2027, et le centrisme macronien risquerait de s’effacer. Dans ce paysage mouvant, la France conserve pourtant un potentiel stratégique majeur sur la scène internationale. Pour qu’elle puisse jouer pleinement ce rôle, les forces vives du pays devront se rassembler autour d’un projet viable. Après le premier tour, la grande gauche, consciente de l’urgence nationale, pourrait être poussée à dépasser ses divisions pour se regrouper derrière un candidat et un programme de salut républicain, seule manière de peser réellement dans un moment où l’avenir de la République semble se jouer.
À travers La France dans le chaos du monde, Martin ne décrit pas une bataille partisane, mais un choix existentiel : retrouver une voix propre ou disparaître avec l’ordre qui s’effondre. Ce dilemme, autrefois cantonné aux cercles souverainistes, s’impose désormais au cœur du débat national. Cela ne prouve pas que Martin ait raison ; cela prouve que sa question est devenue celle de la France entière.




