Les BRICS et la réforme du monde : les nouvelles règles d’un ordre international en transformation

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Sommes-nous témoins de la naissance d’un nouvel ordre mondial ou de la transformation de celui que nous connaissons ? Cette interrogation se situe au cœur du débat actuel sur les BRICS et constitue l’un des axes majeurs de « Les BRICS et la réforme du monde. Un défi pour l’Occident », paru aux éditions Armand Colin en février 2026 et dirigé notamment par David Teurtrie. L’ouvrage collectif analyse comment les BRICS élargis : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie, Iran, Émirats arabes unis et Indonésie cherchent à remodeler la gouvernance mondiale en promouvant un ordre multipolaire. Ce livre ne présente pas les BRICS comme un bloc destiné à remplacer l’Occident, mais les observe comme le symptôme d’une mutation profonde : la redistribution du pouvoir international.

De la coopération économique à la contestation de l’ordre établi

Depuis leur création, les BRICS ont connu une évolution considérable. D’abord conçus comme un mécanisme de dialogue entre grandes économies émergentes à forte croissance et grande démographie, ils ont progressivement acquis une dimension politique et géopolitique extraordinaire. De nouvelles puissances d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique ont rejoint le groupe, témoignant de l’intérêt grandissant pour cette plateforme de concertation. Pour Teurtrie et ses coauteurs, cette évolution répond à une exigence plus large : la réforme d’un système international dont les institutions et les règles continuent de refléter les équilibres de la seconde moitié du XXᵉ siècle.

L’autonomie comme moteur

L’intérêt des BRICS ne réside pas uniquement dans le poids économique de leurs membres, mais dans leur volonté de renforcer l’autonomie de décision et d’action des pays qui se jugent sous-représentés dans la gouvernance mondiale. La revendication d’un ordre multipolaire est au cœur du projet : il ne s’agit pas de construire un système opposé à l’existant, mais de modifier les équilibres qui le soutiennent. Cette dynamique est aujourd’hui manifeste : l’Inde, qui assure la présidence du groupe, organisera les 12 et 13 septembre 2026 le 18e sommet à New Delhi à un moment où l’agenda des BRICS passe de la rhétorique à la mise en œuvre concrète. Teurtrie décrit ce processus comme une pression constante mais graduelle sur les institutions héritées de 1945.

Le dollar comme instrument de pouvoir

La transformation du système international se voit particulièrement sur le plan financier. L’ouvrage accorde une attention centrale à la remise en question de la domination du dollar, dont le poids est étroitement lié à la position des États-Unis dans l’économie mondiale. Les données récentes confirment une tendance : au début de 2026, la part du dollar dans les réserves des banques centrales est tombée sous les 57 %, son niveau le plus bas depuis 1995. Les BRICS développent des mécanismes de paiement en monnaies locales et des instruments de règlement alternatifs. Ce mouvement ne traduit pas un rejet frontal du dollar, mais la recherche d’alternatives face à un système perçu comme défavorable. La fin de l’hégémonie du dollar n’est pas imminente : ses avantages structurels demeurent considérables. Le véritable enjeu réside dans l’élargissement progressif des options permettant aux États de réduire leur dépendance à un seul centre financier. Les BRICS n’ont pas besoin de remplacer le dollar pour transformer le système : il suffit que sa position cesse d’être incontestable.

Le Sud global : unité sans uniformité

L’influence croissante des BRICS est étroitement liée à l’essor du concept de Sud global, désormais omniprésent dans le débat international. L’ouvrage invite à manier ce terme avec prudence : il ne désigne pas un bloc homogène, mais un sentiment partagé de rejet de la marginalisation imposée par l’ordre occidental. Les divergences internes sont profondes : Chine et Inde entretiennent une relation mêlant coopération et rivalité stratégique ; la Russie poursuit des priorités distinctes de celles du Brésil ou de l’Afrique du Sud ; les pays du Golfe maintiennent des liens étroits à la fois avec Washington et Pékin. Ces différences, illustrées par les tensions autour de Gaza évoquées dans le livre, montrent que les intérêts communs n’effacent pas les particularismes nationaux. Ainsi, le Sud global fonctionne non pas comme une identité fermée, mais comme un espace de convergence fondé sur trois objectifs : une autonomie accrue, une représentation plus équilibrée et une réforme des règles internationales.

Les limites de la désoccidentalisation

L’ascension de nouvelles puissances ne signifie pas la disparition de l’Occident, et c’est l’un des points les plus nuancés de l’analyse de Teurtrie. Les États-Unis conservent une position centrale dans les domaines financier, technologique et sécuritaire, tandis que l’Union européenne demeure une puissance économique et normative. Même les membres des BRICS entretiennent des relations étroites avec les puissances occidentales. Le monde peut donc devenir plus multipolaire sans être pleinement « post-occidental », une distinction essentielle pour comprendre la configuration actuelle.

Réforme ou nouvel ordre ?

Le véritable défi des BRICS n’est pas de remplacer l’Occident, mais de participer à la redéfinition des règles internationales et de déterminer le degré d’autonomie des États face aux grands centres de pouvoir. Ainsi, les BRICS et la réforme du monde. Un défi pour l’Occident ne se limite pas à l’analyse d’une organisation internationale : il offre une lecture des mutations d’un système mondial devenu plus multipolaire, plus compétitif et plus difficile à structurer. La question n’est donc pas de savoir si les BRICS remplaceront l’Occident, mais comment ils contribueront à réformer les règles du monde en mutation.

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